Brève[1] pour la réhabilitation d’une pensée non institutionnelle

Ce texte reprend une réaction publiée sur la liste pédagogie solidaire en réponse au message d’un collègue enseignant[2] intitulé « 11 mai ??? » : suite à l’annonce présidentielle du 13 avril 2020 fixant le déconfinement et la reprise scolaire, il y soulevait le mensonge de la « continuité pédagogique », l’instrumentalisation des inégalités sociales, l’absence d’anticipation sanitaire, et le cynisme de la hiérarchie.

L’intervention du Ministre de l’Education lors des questions au gouvernement le 14 avril 2020[3] confirme cette lecture, et dénote plus avant un traitement problématique des évènements, à travers la mise en avant d’un historicisme (la Crise comme explication déterminante de l’Histoire de l’humanité) qui tente de balayer toute historicité : l’existence d’une politique éducative génératrice d’inégalités sociales et la gestion alarmante de la crise sanitaire par le gouvernement.

Ainsi, le « désastre social » a été accentué dramatiquement par la réforme des rythmes scolaires (de l’école maternelle à Parcoursup !) mise en œuvre par un gouvernement qui ne cesse d’infantiliser les classes populaires (moins capables de porter un masque qu’un enfant de 4 ans, ayant besoin d’une attestation de leur employeur pour aller travailler, etc.), et remet en cause le métier des enseignants (héroïsés comme les soignants, mais pour leurs performances numériques, ou leur rapport à l’obéissance).

Dans ce cadre, une école « facteur de résilience » (B. Cyrulnik, J-M. Blanquer ; 2018) ou de la « sélection darwinienne » (A. Petit, directeur du CNRS ; 2019), c’est, finalement, la même chose. Cela sous-entend que l’Ecole n’est plus un lieu où apprendre à égalité, en coopération, mais où les élèves et les étudiants apprendraient à incorporer (par voie de « résilience ») une conception totalitaire de l’être humain : la Crise [4] aligne les évènements de l’histoire personnelle à une conception évolutionniste de l’Histoire ; l’être humain est ramené à son traumatisme et jamais considéré comme le sujet d’une histoire, plurielle par ses cultures.

Et de fait, épidémies, guerres, inégalités sociales sont traitées sur le même modèle à travers la mise en œuvre d’une Pédagogie d’urgence, qui par-delà les beaux discours, vise un « retour à la normale » (une « institutionnalisation ») dans lequel l’outil numérique joue un rôle étonnement central ([5] et [6]), en se substituant à la capacité d’invention propre aux êtres humains. Cette capacité d’invention a été mise en avant par C. Darwin dans la Descendance de l’homme (Tort, 1983[7]) et se situe à la base des démarches d’auto-socio-construction des savoirs (Huber, 2007[8]) largement discréditées par le Ministère de l’éducation depuis 2008.

A travers une ligne globalisée, nous nous sommes habitués progressivement à la réforme des représentations du rôle de l’école[9] : sous prétexte que l’école représente aussi un lieu de reproduction sociale, celle-ci n’a plus vocation à lutter contre cette reproduction par ses pratiques ; le constructivisme s’oppose historiquement aux théories du développement naturel, innéistes et racistes. Qu’en est-il aujourd’hui du pari philosophique du Tous capables (à travers ses différentes formulations) visant la progression et la réussite scolaire de tous les élèves quel que soit le milieu social ? A quelles conditions l’école peut-être avoir lieu ? De quoi l’Ecole est-elle le lieu ?

Parce que la relation pédagogique ne peut pas sortir indemne indéfiniment d’une situation généralisée de maltraitance, ni sur le plan du rapport au savoir, ni sur le plan d’une autorité vouée à devenir « transcendante » : si l’attitude philosophique est réduite à une dimension spirituelle par la clique des idéologues officiels désormais acquis à l’idée de « transition »[10], notre problème semble d’établir ensemble comment ne pas se laisser prendre à des « éthiques » qui nous somment d’agir comme si le brouillage des espaces relationnels (l’intrusion de l’Etat dans l’intimité des familles par l’intermédiaire du professeur) était la normalité souhaitée. Parmi ces éthiques, la généralisation du Care (éthique de la sollicitude et du soin) a tout pour séduire, cependant celle-ci nous somme d’adhérer à l’idée d’une Crise perpétuelle, qui s’oppose à celle de Révolution perpétuelle (et permanente).

Quelles pratiques pour quelles sociétés ?

En tant qu’éducatrice, au sens large, il me semble fondamental que nous nous réappropriions les termes de la révolution qui se joue [11] et réinventions nos métiers, hors des logiques d’intérêt corporatistes et interpersonnelles, et des injonctions de la hiérarchie : « Nous pensons donc que le processus révolutionnaire doit être une action culturelle dialogique qui se prolonge en « révolution culturelle » après l’accession au pouvoir. Et nous jugeons indispensable, tout au long du processus, un effort sérieux et profond de conscientisation par lequel les hommes, dans une praxis véritable, dépassent l’état d’objets, d’êtres dominés, et deviennent des sujets de l’histoire. […] Au fur et à mesure qu’ensemble, les leaders et le peuple deviennent critiques, la révolution se défend plus facilement contre le risque des bureaucratismes qui conduisent à de nouvelles formes d’oppression et d’« invasion » » (Paolo Freire, 1974).

L’école émancipée, 1910

Comment rendre lisible les dérives autoritaires de cette transformation pédagogique ? Comment réaffirmer, face à une Ecole qui n’aurait plus de lieu, une autre conception de l’éducation, dans et hors la classe, qui interrogerait aussi le « lieu de la culture[12] » ?   Parce que le lieu depuis lequel nous écrivons et nous adressons à l’autre n’est pas anodin… Ah quelle utopie !

Eloïse Durand, anthropologue, militante pédagogique (GFEN)

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[1] Un texte plus long est paru sur le site du GFEN (Comment faire collectif en temps de confinement ?) : http://www.gfen.asso.fr/fr/collectif_educatif_confinement

[2] Sylvain Grandserre, Amis journalistes, si vous croisez notre ministre : https://blogs.mediapart.fr/grandserre/blog/140520/amis-journalistes-si-vous-croisez-notre-ministre

[3] « Lors des questions d’actualité au gouvernement, Jean-Michel Blanquer a justifié la décision de rouvrir les classes par une nécessité sociale : « Si nous ne finissons pas le confinement suffisamment tôt, il y aura des désastres sociaux pour les élèves les plus éloignés de l’école » a prévenu le ministre », https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/jean-michel-blanquer-il-faut-rouvrir-les-classes-pour-eviter-des-desastres

[4] La Crise renvoie ici au concept de Trauma conceptualisé par l’anthroposophie : https://www.freunde-waldorf.de/en/emergency-pedagogy/background/trauma/ et plébiscité par B. Cyrulnik (« expert » sur les questions d’éducation du gouvernement, notamment « Assises de la maternelle » et « 1000 premiers jours de l’enfant »).

[5] Chaire Unesco de Développement curriculaire, The conversation, 13 avril 2020 : https://theconversation.com/les-systemes-educatifs-sont-en-crise-partout-sur-la-planete-voici-comment-ils-se-releveront-135377

[6] J-M Blanquer cite l’Unesco dans Les 4 vérités, 15/04/20 : https://www.youtube.com/watch?v=FujVu9pUN7M

[7] Voir la notion d’« effet réversif de l’évolution » : www.charlesdarwin.fr/dico_arti.html

[8] « L’auto-socio-construction a commencé comme une compétence collective. (…), une compétence est la combinaison de plusieurs ressources pour faire face à un problème (récurrent) dans son activité particulièrement professionnelle », in Concevoir, construire et utiliser un outil pédagogique.

[9] Le petit « livre orange » des bonnes pratiques distribués aux enseignants en 2018 a signé la fin de la liberté pédagogique, et la mise au ban des pédagogies d’émancipation : https://eduscol.education.fr/cid144902/guides-vademecum-pour-les-apprentissages-au-ce1.html

[10] Dans Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Unesco, 2000), E. Morin adhère à l’effondrement du système d’autorité et propose de réformer notre système de représentations en faveur d’un spiritualisme : « l’interdiction des sanctions et le refus de l’autorité minent l’édifice et conduisent à une perte de confiance dans l’institution et dans le système scolaire » ; « Eduquer pour comprendre les mathématiques ou telle discipline est une chose ; éduquer pour la compréhension humaine en est une autre. L’on retrouve ici la mission proprement spirituelle de l’éducation : enseigner la compréhension entre les personnes comme condition et garant de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité » ; « La reliance doit se substituer à la disjonction et appeler à la « symbiosophie », la sagesse de vivre ensemble » ; « L’éducation du futur devra apprendre une éthique de la compréhension planétaire » ; etc.

[11] https://indar-beltza.org/prendre-la-mesure-de-la-revolution-qui-se-joue/

[12] https://cultureamainnue.fr/2015/12/08/les-lieux-de-la-culture-une-articulation-de-soi-a-lautre/

Le Contrat social : « Mise à jour », octobre 2018.

Le Contrat social : « Mise à jour », octobre 2018.

Lors de la conférence Climax, en 2018, le collapsologue Aurélien Barrau prétendait qu’il existe deux contrats sociaux chez Rousseau, « celui par lequel le peuple s’aliène dans l’autorité du souverain« , et « celui par lequel le peuple se fonde en tant que tel ». C’est sur cette interprétation catégorique qu’il justifie la nécessité de « déconstruire aujourd’hui un certain nombre de nos valeurs, cet acharnement technocratique« , mais également « repenser le concept de peuple au seul sens qui ait aujourd’hui véritablement un avenir, c’est celui de la grande tribu du vivant« .

Mais cette lecture du Contrat social rousseauiste est biaisée.

"Finalement, affirme Goyard-Fabre, Rousseau adopte, dans le Discours sur l'origine de l'inégalité, une thèse proche de celle de Puffendorf, à savoir la théorie des deux contrats (sachant que le contrat d'entraide décrit plus haut n'est pas considéré par Rousseau comme un contrat authentique) : le contrat d'association crée un peuple et le contrat de soumission établit un roi.

Nous ajouterons cependant que, loin d'être totale comme chez Puffendorf, l'adhésion de Rousseau au contrat de soumission nous paraît limitée. Il semble que l'auteur du Contrat social soit déjà conscient du danger que peut représenter un tel contrat pour la liberté individuelle. Cette méfiance trouvera sa dernière expression dans le Contrat social où Rousseau rejette radicalement le contrat de soumission : 

"Puffendorf dit que, tout de même qu'on transfère son bien à autrui par des conventions et des contrats, on peut aussi se dépouiller de sa liberté en faveur de quelqu'un. C'est là, il me semble, un fort mauvais raisonnement : car le bien que j'aliène me devient une chose tout à fait étrangère, et dont l'abus m'est indifférent ; mais il m'importe qu'on n'abuse point de ma liberté, et je ne puis, sans me rendre coupable du mal qu'on me forcera de faire, m'exposer à devenir l'instrument du crime [...]. (Rousseau, Discours sur l'origine des inégalités).

Yves Vargas distingue ainsi deux sortes d'état de nature chez Rousseau. Jean Starobinski abonde dans le même sens en affirmant « qu'il faut prendre garde [...] à l'intervalle très vaste que Rousseau suppose entre la perte de l'état primitif et le passage à l'état civil. Rigoureusement parlant, l'état de nature ne prend fin qu'au moment où commence la véritable institution sociale.On doit dès lors distinguer entre un état de nature primitif, antérieur au devenir, et un état de nature historique, mais présocial22 encore ». Leo Strauss ne pense pas autrement lorsqu'il opère, chez Rousseau, « une nette distinction entre l'état de nature comme condition originelle de l'homme et l'état de nature comme statut juridique de l'homme23». 

Cette interprétation nous semble juste et trouve sa corroboration dans le texte même de Rousseau :
 
"C'est ici que tout se ramène à la seule loi du plus fort, et par conséquent à un nouvel état de nature différent de celui par lequel nous avons commencé, en ce que l'un était l'état de nature dans sa pureté, et que ce dernier est le fruit d'un excès de corruption" (Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité).

Extrait tiré de l'article d'Etane Yombo, Rousseau : Le contrat social en question, 1999 (en ligne).

Il existerait donc deux conceptions de l’état de nature, soit deux rapports à la nature, l’un émancipé et l’autre aliéné, qui permettent d’appréhender puis de mettre en garde contre la privation des libertés individuelles, au contraire de ce que préconise Aurélien Barrau.

En effet, d’un point de vue anthropologique, la pensée du Contrat social ouvre une réflexion fondamentale sur la « nature de la société »; la « nature humaine », concept philosophique fondé en essence sur la liberté, reste quant à elle un concept anthropocentrique à partir duquel un discours des fatalités peut ensuite rattraper la morale des évènements.

Pour Lévi-Strauss, « Jamais Rousseau  n’a commis l’erreur de Diderot qui consiste à idéaliser l’homme naturel. il ne risque pas de mêler l'état de nature à l'état de société; il sait que celui-ci est inhérent à l'homme mais il entraine des maux : la seule question est de savoir si ces maux sont eux-mêmes inhérents à l'état. Derrière les abus et les crimes, on recherchera donc la base inébranlable de la société humaine » (Tristes tropiques, chap. XXXVIII). 

De même, "La révolution rousseauiste (...) consiste à refuser des identifications obligées, que ce soit celle d’une culture à cette culture, ou celle d’un individu, membre d’une culture, à un personnage ou à une fonction sociale, que cette même culture cherche à lui imposer. Dans les deux cas, la culture, ou l’individu, revendiquent le droit à une identification libre [...]. Car, s’il est vrai que la nature a expulsé l’homme, et que la société persiste à l’opprimer, l’homme peut au moins inverser à son avantage les pôles du dilemme, et rechercher la société de la nature pour y méditer sur la nature de la société. Voilà, me semble-t-il, l’indissoluble message du Contrat social, des Lettres sur la Botanique, et des Rêveries" (Lévi-Strauss, Courrier de l'Unesco, 1963). 

Finalement pour Rousseau, et c’est en cela que l’écologie politique peut éventuellement s’inspirer de la proposition rousseauiste : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le Contrat social donne la solution. » (Rousseau, Du Pacte social, Livre I, chapitre 6).

A travers ces différentes utilisations du Contrat social, on aperçoit du même coup les limites d’un concept, qui sur le plan anthropologique trouve une portée heuristique majeure, mais dont sur le plan politique les libéraux s’accommodent également à merveille. Quitte à lire Rousseau, il serait bon de considérer d’abord sa conception de l’égalité, une « égalité de nature » entre tous les êtres humains, qui fonctionne comme un postulat de départ et une utopie à réaliser.

https://gallica.bnf.fr/essentiels/rousseau/discours-origine-inegalite

Zapping inactuel

ss-day off

Article écrit quelques semaines après les attentats de Charlie Hebdo et du supermarché cacher – et donc avant les attentats du 13 novembre.

Zapping
Dimanche 25 janvier 2015

20h45 Arte – Match point – film (Woody Allen)
22h25 Paris première – Auschwitz : l’album de l’horreur – doc
En vrac
22h45 –  France 2 – Faites entrer l’accusé : Juliano Verbard, petit lys d’amour- émission
22h45 – Arte – Meurtre en Finlande – doc
00h10 – TF1 – Les experts – série

Jeune professeur de tennis issu d’un milieu modeste, Chris Wilton, qui vient de quitter la compétition, parvient à se faire embaucher dans un club cossu des beaux quartiers de Londres. Le séduisant jeune homme ne tarde pas à sympathiser avec Tom Hewett, un de ses élèves, un fils de bonne famille, qui l’invite chez ses parents et lui présente sa soeur Chloe, ainsi que sa fiancée, une jeune comédienne américaine, Nola Rice. Alors même que son idylle naissante avec Chloe lui permet d’envisager l’ascension sociale dont il rêvait, Chris est irrésistiblement attiré par Nola. Après son mariage, Chris se lance dans une liaison avec Nola, que la famille Hewett apprécie peu…
/ La découverte, en 2007, de l’album photo d’un nazi, Karl Hoecker, en poste à Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale, a été une véritable …
/A Ulvila, petite ville de l’ouest de la Finlande, le 1er décembre 2006, Anneli Auer, femme au foyer et mère de trois enfants, appelle la police locale. Quand les agents arrivent sur les lieux, ils découvrent le corps sans vie de Jukka, le mari d’Anneli. Anneli et Amanda, sa fille de 9 ans, affirment qu’un inconnu est entré dans la maison et s’est jeté sur Jukka. La police, soupçonnant Anneli, pousse un agent à devenir son amant. En 2009, le procès d’Anneli s’ouvre. Elle est condamnée à la perpétuité, mais son avocat fait appel et obtient son acquittement. Puis, Anneli est à nouveau arrêtée, poursuivie pour maltraitance d’enfants, cruauté envers les animaux et pratiques sataniques. A travers divers éléments et interviews, ce documentaire tente de faire la lumière sur cette affaire, qui a tenu la Finlande en haleine.
/A la Réunion, Juliano Verbard, 21 ans, affirmait que la Vierge Marie lui apparaissait chaque huitième jour du mois et qu’elle l’avait surnommé …

source programme télévision Télérama

Film noir de Woddy Allen – Match Point
/ Fin du documentaire sur l’album souvenirs du lieutenant nazi Karl Hoecker, où sont disposées à la suite les photographies des déportés sur la rampe de tri, des cadavres sortis de la chambre à gaz, des collègues les jours de repos autour d’un accordéon :
« Ce n’était pas des monstres, mais des gens comme vous et moi » commente la voix off.
Je zappe sans m’arrêter sur un canal
répétition des faits divers réels et fantasmés, crime passionnel, serial killer, meurtre inexpliqué
Je me dis
C’est étrange cette obsession télévisuelle des démocraties occidentales pour le meurtrier isolé, l’homme que les pulsions submergent, le fou, le faible, le pervers.
La télé les agite comme des épouvantails pour nous soumettre à la loi – confondue ici avec la société de consommation – la loi qui nous sauve de la barbarie, la fiction de l’homme déchiré, le combat du bien et du mal dans son fort intérieur.
Elle ne montre jamais la soif affective pour la loi, quelle qu’elle soit, comment des individus glissent d’une loi à une autre, viscéralement aliénés au groupe, à la communauté, à celle qu’ils se choisissent  quand ils sont rejetés par la plus commune.
Combien plus de souffrances infligées et de meurtres au nom de la loi d’une communauté, état, armée, rébellion, crime organisé, jihad.
Je me dis
On n’a rien compris à s’agréger sous la bannière « Je suis Charlie »
Identification symptomatique, factice, du collectif qui complaisamment fait le buzz.

La traversée de plusieurs régimes de loi, l’oscillation entre l’adhésion et la non adhésion, la capacité à désobéir, à construire, à déconstruire la loi,
je l’ai vu récemment à la télévision dans quelques films,
des films noirs d’après-guerre, comme Le trésor de la sierra madre, de John Huston
un film adapté du livre pour enfant de Maurice Sendack, Max et les maximonstres, de Spike Jonze.

Aude Noguès

match point

 

max et les maximonstres le trésor de la sierra madre

 

Le(s) lieu(x) de la culture, une articulation de soi à l’autre.

Pour mémoire

On a pu constater avec les derniers attentats que ce sont des lieux de la vie parisienne qui ont été ciblés (Rue de Charonne, Rue Bichât, Saint Denis…) : des cafés, des restaurants, une salle de spectacle, les abords du Stade de France. Ce sont des lieux de culture car s’y ancrent les pratiques culturelles de certains milieux sociaux (artistes, professeurs, étudiants…). Ce sont aussi des lieux populaires habités par une population faite de métissages divers, et  pour qui la vie commune est de plus en plus difficile. Autour du Stade de France, c’est Saint-Denis, et ses quartiers un peu désolés ; à l’intérieur, le match n’a pas été interrompu.

Il est donc important de faire la distinction entre les centres de la vie culturelle de moins en moins nombreux, diversifiés, en accord avec notre histoire culturelle plurielle, et cette culture centraliste, que nous voulons déplacer à partir de chez nous en recréant de multiples capitales. Plus il y aura de lieux de culture, plus il y aura de vie.

Voilà aussi l’importance de notre chantier entamé à Bayonne qui affiche l’ambition de penser autrement la culture qui nous environne, et propose de se réapproprier les lieux de culture – et le lieu de la culture –  peu importe les formes que cela prend, pourvu que nous gardions en mémoire la qualité de nos échanges et de nos projets.

On ne peut pas résoudre notre problème culturel par l’affirmation toujours plus agressive de l’identité (nationale), mais on peut s’efforcer de lever certaines de nos résistances, et trouver le moyen d’actionner certains leviers pris dans la pierre, afin de reconsidérer la question de notre humanité dévastée.

En France, le débat de la pluralité culturelle a été confisqué par l’État depuis des décennies, et les communautés (paysannes, ethniques…) n’ont toujours pas eu leur mot à dire, sauf à resserrer toujours plus leur communautarisme.

Songeons au rôle de l’École dans la disparition d’une pensée commune (et non unique!) sur la fraternité, l’égalité, la liberté ; songeons au rôle de l’État dans le dévoiement de la notion de laïcité ; songeons aujourd’hui au peu d’espace de réflexion laissé à l’individu pour prendre de la distance vis-à-vis de cette société qui médiatise une culture toujours plus « hors-sol ».

Une culture trop fortement investie en termes de marché, ou à l’inverse d’identité(s), occulte son lieu. Lieu de création d’un langage commun (et non d’une langue), lieu d’élaboration d’un regard critique qui nous permet de transformer notre rapport au monde, la culture mérite que chacun se l’approprie et qu’on la dépossède des enjeux d’images, de stratégies politiques, pour lui redonner sa fonction sociale. L’art a son rôle à jouer, et les artistes aussi dans ce travail, en abolissant peu à peu la frontière qui existe entre le peuple et son divertissement.

Ainsi, laisser des territoires, des communes, des quartiers, sans la possibilité de faire lieu de culture, c’est nous condamner à la misère, au repli, à la peur de l’autre, à la montée des extrêmes. A Bayonne, dans le quartier Saint Esprit, le déménagement prochain de l’Atalante, un cinéma emblématique qui offre un des rares espaces de rencontre et de mixité, présente le risque du sinistre social, déjà bien entamé à cet endroit qui perd tour à tour les lieux marquants de son histoire culturelle.

L' »en quête de culture » menée par le groupe à l’occasion de la première édition du festival bayonnais « Kulture Sport » le plus doté du moment, a montré la contradiction très forte entre les lieux culturels identifiés par les habitants (y compris les stades, les cafés, la montagne, la place Patxa, le fleuve Adour, l’Atalante, le Musée basque, les librairies …) et marqués par une diversité de pratiques, et les pratiques officiellement reconnues et valorisées par les institutions.

Dans ce jeu, le monde de l’art fortement retranché sur ses propres lieux, et ses propres scènes, peine à rétablir sa fonction traditionnelle, et celle de ses artistes, de plus en plus « impalpables », « inaccessibles » ou fantasmés.  Ce qui nous incite à repenser toute notre posture, à prendre acte de la réinvention de notre folklore, tout en nous défaisant du complexe du plouc folklorisé, en proposant des projets artistiques d’envergure, à partir de nos pratiques, et en contribuant à faire reconnaître le lieu de la culture qui les voit émerger, comme un lieu capital.

(Dans la bibliothèque, Felix Castan, Alan Lomax, Howard Becker… des paroles d’habitants et de commerçants, de famille, de collègues, de copains et copines, et en particulier celles et ceux du groupe Culture à main nue, du Secteur Poésie Écriture du Groupe Français d’Éducation Nouvelle).

Eloïse Durand

Fortius mais encore ?

Voilà 20 ans déjà que la ville reprenait possession du site de Château Neuf au Petit Bayonne. Quel bilan en 20 ans ? La réfection des toitures de la forteresse suite à l’inondation d’une partie de la bibliothèque du Musée basque ; l’installation ou plutôt le déménagement du site universitaire de Marracq au centre ville ; l’installation de la délégation des affaires touchant le territoire basque du Conseil Départemental (assez réussi j’en conviens) ; la création en site propre et en régie municipale du parking Sainte Claire.

Mais à y regarder de plus prêt il convient  de lever quelques lièvres. Je veux entre autres parler bien sûr du  fait qu’au bout de 20 ans , 20 ans ! il n’est toujours pas possible de faire le tour par le haut du rempart Est, que la douve de la Porte Mousserolles est toujours aussi infecte (seulement quelques centaines de bayonnais et nos visiteurs peuvent le constater chaque jour au niveau du pont-levis !) que la porte Anglaise, un des vénérables vestige en belle condition, est toujours noyée sous les ronces et ne débouche ni sur la cour du château ni comme on pourrait l’imaginer (via une passerelle très courte) sur le parking Mousserolles !

Je ne parlerai pas non plus en grand développement de la non-restitution de la façade sculptée de la tour X.

Je ne parlerai pas des conditions d’accueil déplorables de la Salle de la  Poudrière de la Nive – où l’on vit, au bout de huit jours d’une exposition consacrée à Guevara, et à cause d’une humidité incontrôlée, les cimaises gondolées, tout comme les photos de R.Burri – faute d’un drainage promis là comme sur l’esplanade Roland Barthes. Roland Barthes est mort, on vient de l’apprendre à l’Hôtel de ville, la transmission a pris 35 ans ! Un record, encore un. Ou peut-être est-ce plutôt l’approche imminente du colloque d’octobre ?

Un article particulier vous comptera bientôt l’aménagement-destruction (l’argent n’est rien !) des salles d’expositions temporaires de Château Neuf pour le Musée Basque où vous avez peut-être vu une très belle  exposition consacrée à Lartigue et le Pays basque…