Le Contrat social : « Mise à jour », octobre 2018.

Le Contrat social : « Mise à jour », octobre 2018.

Lors de la conférence Climax, en 2018, le collapsologue Aurélien Barrau prétendait qu’il existe deux contrats sociaux chez Rousseau, « celui par lequel le peuple s’aliène dans l’autorité du souverain« , et « celui par lequel le peuple se fonde en tant que tel ». C’est sur cette interprétation catégorique qu’il justifie la nécessité de « déconstruire aujourd’hui un certain nombre de nos valeurs, cet acharnement technocratique« , mais également « repenser le concept de peuple au seul sens qui ait aujourd’hui véritablement un avenir, c’est celui de la grande tribu du vivant« .

Mais cette lecture du Contrat social rousseauiste est biaisée.

"Finalement, affirme Goyard-Fabre, Rousseau adopte, dans le Discours sur l'origine de l'inégalité, une thèse proche de celle de Puffendorf, à savoir la théorie des deux contrats (sachant que le contrat d'entraide décrit plus haut n'est pas considéré par Rousseau comme un contrat authentique) : le contrat d'association crée un peuple et le contrat de soumission établit un roi.

Nous ajouterons cependant que, loin d'être totale comme chez Puffendorf, l'adhésion de Rousseau au contrat de soumission nous paraît limitée. Il semble que l'auteur du Contrat social soit déjà conscient du danger que peut représenter un tel contrat pour la liberté individuelle. Cette méfiance trouvera sa dernière expression dans le Contrat social où Rousseau rejette radicalement le contrat de soumission : 

"Puffendorf dit que, tout de même qu'on transfère son bien à autrui par des conventions et des contrats, on peut aussi se dépouiller de sa liberté en faveur de quelqu'un. C'est là, il me semble, un fort mauvais raisonnement : car le bien que j'aliène me devient une chose tout à fait étrangère, et dont l'abus m'est indifférent ; mais il m'importe qu'on n'abuse point de ma liberté, et je ne puis, sans me rendre coupable du mal qu'on me forcera de faire, m'exposer à devenir l'instrument du crime [...]. (Rousseau, Discours sur l'origine des inégalités).

Yves Vargas distingue ainsi deux sortes d'état de nature chez Rousseau. Jean Starobinski abonde dans le même sens en affirmant « qu'il faut prendre garde [...] à l'intervalle très vaste que Rousseau suppose entre la perte de l'état primitif et le pas sage à l'état civil. Rigoureusement parlant, l'état de nature ne prend fin qu'au moment où commence la véritable institution sociale.On doit dès lors distinguer entre un état de nature primitif, antérieur au devenir, et un état de nature historique, mais présocial22 encore ». Leo Strauss ne pense pas autrement lorsqu'il opère, chez Rousseau, « une nette distinction entre l'état de nature comme condition originelle de l'homme et l'état de nature comme statut juridique de l'homme23». 

Cette interprétation nous semble juste et trouve sa corroboration dans le texte même de Rousseau :
 
"C'est ici que tout se ramène à la seule loi du plus fort, et par conséquent à un nouvel état de nature différent de celui par lequel nous avons commencé, en ce que l'un était l'état de nature dans sa pureté, et que ce dernier est le fruit d'un excès de corruption" (Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité).

Extrait tiré de l'article d'Etane Yombo, Rousseau : Le contrat social en question, 1999 (en ligne).

Il existerait donc deux conceptions de l’état de nature, soit deux rapports à la nature, l’un émancipé et l’autre aliéné, qui permette d’appréhender puis de mettre en garde contre la privation des libertés individuelles, au contraire de ce que préconise Aurélien Barrau.

En effet, d’un point de vue anthropologique, la pensée du Contrat social ouvre une réflexion fondamentale sur la « nature de la société »; la « nature humaine », concept philosophique fondé en essence sur la liberté, reste quant à elle un concept anthropocentrique à partir duquel un discours des fatalités peut ensuite rattraper la morale des évènements.

Pour Lévi-Strauss, « Jamais Rousseau  n’a commis l’erreur de Diderot qui consiste à idéaliser l’homme naturel. il ne risque pas de mêler l'état de nature à l'état de société; il sait que celui-ci est inhérent à l'homme mais il entraine des maux : la seule question est de savoir si ces maux sont eux-mêmes inhérents à l'état. Derrière les abus et les crimes, on recherchera donc la base inébranlable de la société humaine » (Tristes tropiques, chap. XXXVIII). 

De même, "La révolution rousseauiste (...) consiste à refuser des identifications obligées, que ce soit celle d’une culture à cette culture, ou celle d’un individu, membre d’une culture, à un personnage ou à une fonction sociale, que cette même culture cherche à lui imposer. Dans les deux cas, la culture, ou l’individu, revendiquent le droit à une identification libre [...]. Car, s’il est vrai que la nature a expulsé l’homme, et que la société persiste à l’opprimer, l’homme peut au moins inverser à son avantage les pôles du dilemme, et rechercher la société de la nature pour y méditer sur la nature de la société. Voilà, me semble-t-il, l’indissoluble message du Contrat social, des Lettres sur la Botanique, et des Rêveries" (Lévi-Strauss, Courrier de l'Unesco, 1963). 

Finalement pour Rousseau, et c’est en cela que l’écologie politique peut éventuellement s’inspirer de la proposition rousseauiste : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le Contrat social donne la solution. » (Rousseau, Du Pacte social, Livre I, chapitre 6).

A travers ces différentes utilisations du Contrat social, on aperçoit du même coup les limites d’un concept, qui sur le plan anthropologique trouve une portée heuristique majeure, mais dont sur le plan politique les libéraux s’accommodent également à merveille. Quitte à lire Rousseau, il serait bon de considérer d’abord sa conception de l’égalité, une « égalité de nature » entre tous les êtres humains, qui fonctionne comme un postulat de départ et une utopie à réaliser.

https://gallica.bnf.fr/essentiels/rousseau/discours-origine-inegalite

Contre le sectarisme*. Pour une culture émancipée.

Je m’érige contre le marché du développement personnel et tous les discours pseudo-mystiques sensés amener l’individu sur la voie de la pleine conscience et du bien-être. Cette mode a envahi le milieu culturel et l’éducation, par le biais d’experts qui s’accaparent les cadres de pensée, et menace notre capacité à lutter contre les fatalités, à s’émanciper, à transformer notre rapport au monde et la société.

De Pierre Rabhi à Boris Cyrulnik en passant par Edgar Morin, ces personnalités ont acquis une telle aura de vérité à gauche que toute critique à leur encontre est considérée comme suspecte. Pourtant, à travers eux, nous assistons au déferlement d’une propagande millénariste visant à nous faire adhérer sans condition à un nouveau système de croyances, « la voie » pour en finir à la fois avec ses traumatismes et ses peurs, et pour sauver le monde de « l’effondrement ».

https://www.fayard.fr/la-voie-9782213655604

En réalité, ces discours sont construits pour vendre une promesse de transformation qui est vouée à rester « sur le point de », et fait donc courir le risque d’une inhibition du désir et du renforcement du trouble personnel. Ainsi l’individu, qui croyait donner un sens à sa vie, vit au contraire de profondes crises de déréalisation face à sa propre culture qui s’efface, à la violence sociale qu’il subit d’autant qu’il n’a plus le droit de la nommer.

Comment résister à l’appel des maîtres à penser ? Que nous vendent-ils ? Pourquoi douter de leurs discours ? Comment exercer sa pensée critique quand tout pousse à intégrer une « nouvelle » spiritualité ?

1-  Le clivage idéologique.

Les gourous modernes ont trouvé des relais médiatiques et institutionnels qui les consacrent comme des savants, des sages, des philosophes. Face à ces paroles qui ont acquis une aura presque divine, la critique semble inopérante, interdite par une légion d’êtres ventriloqués. On les dirait chargés de mener une croisade pour défendre une nouvelle économie du Salut : « Comment serai-je sauvé? ».

Cette véritable entreprise idéologique fournit aux personnes en fragilité une explication unique du monde qui accapare d’autant plus consciences que la lutte des classes est rendue démodée, voire subversive et trop risquée, dans une société en proie à la peur et à la superstition, où la moindre parole qui déroge au consentement (« tu devrais lire les accords toltèques, plutôt que de râler ») devient ce qui porte malchance au groupe.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/heureux-qui-comme-moi-je

C’est pourtant à cause d’un manque de radicalité intellectuelle (et d’honnêteté pour beaucoup) – une radicalité qui fait penser les impensés – que les courants « new-age » ont acquis les consciences individuelles : la promesse d’un mieux-être sur-mesure est agitée au moment même où les institutions se déresponsabilisent vis-à-vis de leur mission; des comportementalismes inondent le marché et flattent notre docilité/passivité devant le marasme social.

Le recours systématique et l’adhésion massive à de faux-concepts devenus des slogans politiques a fini par créer un obstacle majeur à la transformation sociale, et par construire la faillite de l’État lui-même et des institutions dans leur capacité à garantir le bien-être des individus et l’existence d’une concitoyenneté. En d’autres termes, il y a une récupération néo-libérale et totalitaire du projet d’émancipation par de nouvelles élites politiques sorties de la cuisse de Jupiter.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/06/15/quand-marlene-schiappa-prend-une-lecon-de-marxisme-par-son-pere_5315853_823448.html

Le délitement de la gauche idéologique elle-même acquise aux privilèges et au clientélisme a permis de systématiser les agressions à l’encontre des pratiques libertaires et d’imposer un seul modèle de réussite. Pourtant, je le rappelle, la réussite individuelle exige la construction d’un rapport de force favorable à toute la société, et non à une seule poignée d’êtres illustres, qui s’auto-instituent détenteurs des formes révolutionnaires, puis les vident de leur sens, à des fins d’image.

N’en déplaise à mes concitoyens, si l’État se désengage de sa responsabilité au profit des lobbies, et de leurs prestataires de service, une extrême droite idéologique risque de gagner les consciences, de les « pacifier » jusqu’à la servitude, afin de créer un système qui ne profitera qu’à la montée du fascisme, au mythe de l’homme providentiel, en plein accord avec l’Etat Macronien qui exclut du projet social ceux qui refusent de croire : « Je ne veux pas aider les pauvres à vivre mieux pauvres! », déclarait l’Emmanuel.

Il m’est pour cela impossible de m’extasier sur la fable du colibri, parce que la fable elle-même a été détournée. Il n’est pas dit par exemple que le colibri meurt, puis entraîne avec lui ceux qui ont suivi sa voie. https://pavebrulant.noblogs.org/post/2016/05/04/les-colibris-vous-prennent-pour-des-pigeons/

Je dénonce une dérive idéologique majeure fondée sur la confusion entre l’injonction à « s’élever spirituellement » en vue d’un mieux-être, qui implique l’adhésion à un système de croyances, et l’ambition de « s’éduquer », à travers la construction d’un rapport émancipé au savoir. Cette confusion entérine chaque jour un peu plus l’intolérable perte de sens des institutions.

Il me semble que nous devons lutter contre l’asphyxie de la « société » – la société c’est le désir d’avenir que chacun porte – en refusant cette nouvelle échelle de valeurs qui nous est inculquée par des personnes qui portent un masque.

2 – La pensée sectaire : ni science, ni philosophie.

Sous l’apparente sincérité et bonhomie des nouveaux messies, parés du sourire du Dieu Bouddha, se cache la référence à une religion détournée, et beaucoup moins idyllique qu’il n’y paraît. Il n’y a pire religion que celle qui ne dit pas vraiment son nom, et permet d’abord à ses saints de vouer un culte sans précédent à leur propre personnalité, autant que d’attirer les offrandes populaires.

https://www.lexpress.fr/culture/livre/l-occident-a-t-il-devoye-le-bouddhisme_2005510.html

Contrairement à la religion, la philosophie est à un travail de réflexion difficile qui a une visée éminemment politique. Elle exhorte chaque individu à remettre du sens dans ses pratiques, non un sens préécrit, mais un sens à inventer, à réinventer encore et encore, à l’aune de sa propre humanité. La « méditation philosophique » rappelle à « l’exercice spirituel » en tant qu’elle est une réflexion sur un principe philosophique, non une expérience mystique.

"Il est important de préciser que la méditation philosophique est 
étrangère au sens actuel commun de la méditation, avec ses accents 
religieux en général, bouddhistes en particulier". 

https://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212546910/la-meditation-philosophique

Il n’est plus possible depuis Démocrite d’assimiler religion et philosophie. Les concepts de « méditation laïque » ou de « spiritualité laïque », défendus par des chefs de file médiatiques, tels Pierre Rabhi et Edgar Morin – soutiens de l’anthroposophie, chantres auto-proclamés de l’agroécologie ou de l’éducation – nous poussent donc à combler un vide, à adhérer, puis à prôner l’avènement d’une « nouvelle civilisation ».

https://www.sortirdupetrole.com/societe/411-edgar-morin-faire-d-alternatiba-l-aube-d-une-nouvelle-civilisation

Pourquoi sommes-nous crédules ?  Il semble en effet qu’à mesure que leurs discours ont été portés aux nues par les médias et se sont imposés comme des vérités, beaucoup d’alternatives ont montré un visage plus sombre : l’éducation populaire a ainsi décliné par ses pratiques, au profit du discours de la décadence (Onfray en est un bel exemple) et de la course effrénée vers la réalisation du mirage capitaliste.

Dans le métro parisien, 30 juin 2018

La croyance dans ce mirage conditionne notre rapport à l’imaginaire en imprégnant nos lectures, par le biais de la généralisation de dystopies à destination de chaque âge (littérature jeunesse aux héros virtuels, séries télévisées qui simulent l’engagement, méthodes « bien-être » aux promesses de changement) et leur même message d’inhibition de l’action : ne sommes-nous que des avatars de la e-révolution ?

Le développement personnel a pour fonction de fournir un visage idéal à la disparition de la protection sociale, à faire passer le retour à l’exploitation salariale volontaire (par ex) le bénévolat) en choix qui « sauve ». Le développement personnel a pour fonction de déculpabiliser les classes supérieures vis-à-vis de leur conception de le réussite : ultra-sélective et fondée sur une idéologie des dons, qui malmène leurs propres héritières et héritiers.

Si les classes moyennes s’engouffrent massivement dans ce nouveau filon déclaré économiquement viable et socialement éthique, quand celui-ci exclut de fait les pauvres et les laissés pour compte, c’est parce que s’est imposée de façon insidieuse l’idée que « ne pas réussir c’est courir le risque d’être déclassé ». Cette peur pousse les prophètes verts à mentir à leur propre classe :

« Il existe une conception de la politique héritière des mouvements et des luttes. L’échec des luttes d’hier, c’est d’avoir cru que l’on pourrait construire un système collectif qui allait marcher pour tout le monde. Ces modes de pensée nient la diversité. Chacun d’entre nous est spécifique, a un talent particulier, a besoin de trouver sa place dans le monde. Les grands discours, les grandes idées, ce n’est plus possible. Il ne s’agit pas de savoir si on est d’accord ou pas mais si ça marche ou pas ».

http://labrique.net/index.php/thematiques/politicaille/954-cyril-dion-coli-briseur-de-l-ecologie-radicale

Les luttes d’hier n’ont pas échoué : d’où vient le droit de grève ? d’où vient la sécurité sociale ? d’où viennent les bourses du travail ? C’est l’abandon de cette lutte qui nous mène à l’impasse sociale et nous rend esclaves de nos fantasmes. Sombrer dans la pensée magique, cesser de faire oeuvre, sont les signes d’une précarité grandissante qui fait peur et d’une distorsion sévère du rapport au réel.

Toutes les villes et toutes les campagnes vont finir par se ressembler, et tous les êtres humains aussi sur le modèle dégénéré d’une partie de la classe bourgeoise qui réussit à vendre au prix fort ses fausses « valeurs », en instaurant de véritables dictatures.

Face à ce danger, nous devons faire en sorte que les cultures ne meurent pas continuellement au profit d’une seule. Nous avons plus que jamais besoin d’une « clinique sociale » ménageant un rapport émancipé à l’inconscient (et non préparant la soumission à un ordre transcendant) afin de remettre le sujet au travail, contre l’aliénation.

Comment lutter contre contre la religion capitaliste qui culpabilise l’individu en lui imposant de consommer mieux et responsable, d’être zen, de méditer… ? Comment refuser la solution proposée par une nouvelle caste aux projections délirantes ?

3 – Apprendre à penser par soi-même.

Une certaine morale bourgeoise nous suggère que nous ne savons pas lire, dans le but de nous vendre une réflexion toute faite : des conférences, des stages, des livres, des méthodes de bien-être emplissent les rayons et les étals de festivals. Le sens de ce qui y est écrit n’a pas d’importance, il suffirait d’acheter, de s’imprégner du message délivré (effet de halo?), de « prendre conscience ».

Mais nous sommes déjà tous capables de lire, si lire c’est tout le contraire d’obéir à un message, si lire c’est du travail pour le sujet qui doute, éprouve un désaccord et désire, si lire implique des dérapages, des erreurs et des relectures, des écritures et des réécritures, si lire c’est du sens qui se construit, si lire nous enjoint à penser.

Il n’y a pas plus de méthodes miracles de lecture que de prêt-à-penser, de savoirs supérieurs, immanents, transcendants, ontologiques, au contraire ce ce que laisse entendre la pensée dominante : « oui … mais bon y’a du bon à prendre chez Alvarez, chez Montessori, chez Rabhi… » peut-on entendre à gauche à droite. C’est ignorer les conséquences de cet ancrage spiritualiste qui enjoint des populations minorisées à nier leur histoire, à redéfinir leur foi.

Nous sommes toutes et tous issus d’une histoire malmenée par les totalitarismes qui a systématiquement usé d’un mépris du peuple, du paysan, de l’étranger, de l’autre, du pauvre, du différent ; et prôné un évolutionnisme (esclavage, racisme, cléricalisme, sexisme, spécisme), pour conforter les inégalités sociales.

Nous avons le devoir de lutter ensemble contre les sectarismes afin d’empêcher la destruction de notre humanité par des escrocs, qui prônent une définition toujours plus restrictive de notre rapport à la nature : « homo natura », « homo religiosus »… sont des concepts fachistes.

Il devrait être derrière le régime de Vichy (et avec lui Pétain qui a séduit avec l’idée de « retour à la terre »). Car la réforme du système social ne peut pas avoir lieu à partir d’idéologies réactionnaires : pendant que des « gens biens », et bien payés, nous parlent de résilience, de pleine conscience, plus personne ne pense le sens d’une véritable « éducation à la paix » (Plan Langevin-Wallon 1947).

Pourquoi confondre les cadres de pensée? Face à la crédulité ambiante, il me semble que défendre le rôle de l’école publique, et de l’éducation (spécialisée, préventive, etc.),  et non des sectes éducatives !, n’est pas un luxe. Il est important de  transformer son rapport au monde, de construire l’espace de son désir en réinventant le bien commun, non en créant un énième communatarisme.

Il est possible de repenser l’école et la société comme des lieux de culture, et non d’élévation de cultes ! Il est possible de démasquer la réforme éducative que Blanquer intitule « l’école de la vie »**. Celle-ci est relayée par un grand nombre de personnalités médiatiques qui nient par ailleurs toute implication problématique. Le problème c’est que leur « projet » annonce la fin de « l’école émancipée ».

L'École émancipée (l'EE) peut se prévaloir du titre de plus ancien courant du syndicalisme français, puisque sa revue a été créée en 1910 comme organe de la Fédération des membres de l'enseignement laïque (FMEL) affiliée à la toute nouvelle CGT. Elle est à l'époque marquée par l'anarcho-syndicalisme.

Changer l'école, changer la société

L’École émancipée veut changer l’école pour la rendre coopérative, égalitaire et solidaire : tous les enfants et tous les adolescents doivent bénéficier de la même éducation dans la même école. C’est pourquoi ses militants s’opposent à toute forme de séparation des parcours scolaires car elle est souvent synonyme d’inégalité entre les voies et de soumission de l’école aux lois du marché.

Le même souci d’égalité préside au combat de l’École émancipée contre l’exclusion et contre la précarité. Dans l’éducation, elle se bat pour la titularisation immédiate et sans condition de tous les précaires. L’école émancipée est aussi opposée à la hiérarchie des statuts et au corporatisme car ils recèlent l’autoritarisme et divisent les personnels.

Les militants de l’École émancipée pensent que changer l’école impose de changer le monde dans lequel elle s’inscrit. L’École émancipée est anticapitaliste, féministe et antimilitariste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/École_émancipée

En accord avec notre histoire sociale commune, elle devrait faire projet :

  • l’école comme lieu où se confronter à d’autres cultures que la sienne, à d’autres disciplines et matières,
  • l’école où faire mentir l’idéologie des dons et tous les mythes capitalistes prônant l’aliénation de l’homme,
  • l’école où apprendre à lire et à penser pour de bon !

Il est temps de sortir du rôle de l’élève complexé par le savoir du maître, de sortir de l’image du plouc folkorisé, du cancre, du cassoc’, afin de ne pas céder aux sirènes libertariennes qui abolissent le sujet, et malmènent son imaginaire, notamment avec le retour de la soumission à l’autorité en éducation : les écoles colibris***, et d’autres montessorisées,  vont aujourd’hui jusqu’à prôner la fin de la pédagogie et la réintroduction d’une « autorité naturelle ».

"L’autorité autoritariste a recours à différents moyens : usage de la force physique, pressions psychologiques diverses exercées sur l’individu qui jouent sur la séduction (autorité dite « charismatique »), sur la culpabilisation et le chantage à l’amour en réactivant l’angoisse d’abandon du sujet (« phénomène autorité » si bien analysé par Gérard Mendel (1971) ), manipulations exercées sur le groupe en utilisant la double injonction (tantôt le sentiment d’appartenance et de loyauté entre pairs, tantôt la défiance, la division, les rivalités et la compétition (Brunel, 1991) ). L’autorité dite « naturelle » est à ranger dans cette catégorie. Représentation encore vivace dans la profession que l’enseignant construit à partir d’une perception nostalgique de son vécu d’élève, notre recherche montre qu’elle est paradoxalement une autorité qui ne s’exerce pas".

http://www.cahiers-pedagogiques.com/Les-trois-conceptions-actuelles-de-l-autorite

Il n’y a pas de « nature humaine », entendue comme une nature immanente ou absolue. La nature est une construction sociale qui varie en fonction des cultures, et ne peut servir à justifier aucun ordre ou aucune hiérarchie entre les êtres humains. Au contraire de ce que la pensée néo-darwiniste laisse entendre, il existe une cause anthropologique, et elle nous situe mieux au monde que n’importe quel dogme : http://projet.pcf.fr/77424

Conclusion.

Quand la réalité rejoint la fiction, la seule solution c’est de résister à l’obscurantisme ambiant en réinventant nos pratiques communes, en réécrivant nos mythes à l’aune de la pluralité des histoires personnelles, et non d’identités révélées : car la secte agite le rêve pour exploiter les histoires personnelles.

En France, des pseudos-scientifiques et des politiques (se réclamant de la « collapsologie ») rabâchent des constats alarmants. Ces discours soi-disant révolutionnaires servent juste à faire qu’ « on y croie » à cette transformation intérieure, pendant que partout sur le globe terrestre, les guerres d’extermination des populations pour l’accaparement des ressources et des richesses continuent.

Au Pays basque, l’étranger est encore souvent accusé d’amener la misère et de bouleverser les solidarités traditionnelles, quand on sait que le « système à maison » reste très inégalitaire et le monde agricole éreintant. Le départ des cadets au 19e siècle n’a rien du mythe conquérant et glorieux tant vanté de l’émigration, et résonne étrangement aujourd’hui avec un système d’allégeances qui offre des places aux « fils et filles de » en guise de politique locale de la jeunesse, en échange de la consécration de nouvelles notabilités, de nouvelles « baronnies ».

A Bayonne, et alentours, nous sommes en proie à la main-mise d’élites qui n’ont pas l’air d’avoir le recul nécessaire vis-à-vis de ces modèles problématiques, puisqu’ils les brandissent comme solution à la disparition des travailleurs sociaux et médicaux. Mais qui se soucie de prioriser le droit à se loger, à accéder aux services de droit commun, à travailler, à défaire la culture des clichés porcins ou festayres, à tenir lieu là où ça vit communément, à revaloriser les pratiques populaires contre les discours bien-pensants et le système d’allégeance qui règne en maître ?

De façon générale, est-il sérieux de confier l’éducation d’un enfant ou d’un adulte en rupture à des personnes qui ne sont pas formées à la clinique sociale, et qui soumises à des dictats comportementalistes, ont eux-même développé une pathologie sévère de la relation, soit un surmoi à toute épreuve de la réalité qui amène à nier toute critique ?

Il est temps de dénoncer la dérive idéologique ultra-droitière qui discrédite non seulement l’écologie politique et l’éducation nouvelle, mais surtout entérine le sinistre social. Cette dérive a pour résultat, loin des promesses de mieux-être, une guerre de tous contre tous, où chacun est placé sur une échelle d’évolution par biais d’entre-soi : il y a bien quelques « élus » qui décrochent le pompon en vertu de leur « capital », et il y a tous les autres qui nourrissent cet espoir ultime, ou qui en meurent.

Eloïse

* https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981

** http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/10/24102014Article635497375555385526.aspx

*** Comment une enseignante de l’école privée sous contrat Colibri montre qu’il n’y a plus (besoin) de pédagogie, parce qu’apprendre c’est magique et qu’aucun dispositif, mis à part à part psychologisant, ne serait à mettre en place. Quel mépris pour l’éducation, pour les élèves et pour les enseignants ! :

« Le protocole pour échanger sa stratégie mentale : Les élèves se mettent par 3. Je demande aux élèves en difficulté avec qui ils aiment échanger leur stratégie mentale. Ils choisissent l’élève dont ils comprennent le raisonnement. Chaque enfant qui explique sa stratégie intègre ce qu’il a fait.
P85 : Si je vois que beaucoup n’ont pas encore compris le principe, je les rassure : ne vous en faites pas on en reparlera dans 15 jours. 15 jours plus tard, je refais la leçon et là comme par enchantement, cela fait tilt. Leur cerveau a travaillé pendant ces 2 semaines sans qu’ils s’en rendent compte. Le cerveau aime qu’on lui répète ; il ne faut pas hésiter à dire et redire puisque ça marche.
P90 : Vivre ensemble : Chacun doit apprendre à reconnaître ses émotions et ses besoins en lui-même pour se positionner ensuite de façon plus responsable face à l’autre et être en empathie avec lui. J’accepte de mettre mon besoin de côté pour l’instant et de me concentrer sur le projet commun ; c’est cela apprendre à vivre ensemble. Le bilan de la semaine ; une feuille est affichée dans le hall de l’école, au cours de la semaine tout enfant qui le souhaite inscrit son prénom pour prendre la parole. Tous les sujets avec la vie du groupe peuvent être abordés. Ce n’est pas la maîtresse qui anime ce temps de parole ; un binôme d’élève ; l’un lit la feuille l’autre interroge. Pour les conflits qui ne concernent que 2 enfants, ils n’en parlent pas devant le groupe mais à 2 ; « j’ai besoin de te dire que j’ai été blessé… ». Pendant ce temps les autres font du blabla ».

http://www2.ac-lyon.fr/etab/ien/rhone/lyon5-1/spip.php?article70

**** http://www.antifa74.fr/2017/11/20/sur-pierre-rabhi-1-une-pensee-tournee-vers-le-passe/

De la réappropriation de l’histoire culturelle comme première pierre d’une université populaire.

Récemment un grand nombre de tribunes ont paru dans les journaux pour répondre et dénoncer les attaques systématiques du gouvernement : du droit du travail à la casse du service public tout entier et tout en même temps (Travail, Social, Santé, Justice, Education, Environnement, etc.), en passant par la tentative de destruction des utopies qui animent la jeunesse de notre société et permettent de se projeter dans un avenir.

Parallèlement, un ensemble d’experts gesticulent leurs discours théologico-politiques et construisent la croyance que le système est prêt à s’effondrer de lui-même, en vertu d’un nouvel évolutionnisme. Certains passeraient même pour des anarchistes. Cependant, loin de lever les impensés, et surfant sur la défiance envers l’école, ces nouveaux « maîtres à penser » ne permettent pas de se positionner au sein de la révolution qui se joue, sauf à adhérer aux  » nouveaux » modèles qu’ils prônent. Alignant des constats alarmants, ces experts reprennent la définition de l’homme, en faveur d’un « développement naturel », qui n’est autre que celle qui a séduit les régimes totalitaires et permis d’accaparer les consciences politiques.

La critique du capitalisme, et celle de la propriété privée, qui rend saillante la question des inégalités sociales, est donc plus que nécessaire pour permettre au plus grand nombre de s’emparer à nouveau du travail. Loin d’être toujours aliénant, le travail est au fondement de notre capacité à douter, à chercher, à débattre, à penser par nous-mêmes ! et donc à s’éduquer et à faire culture.

1- Les Bourses du travail.

Les Bourses du travail, une expression de l’autonomie ouvrière ?
https://journals.openedition.org/chrhc/2360

La situation des Bourses du travail en France rejoint aujourd’hui le triste sort des « lieux de culture ». Financées à l’origine par les ouvriers, obtenues de longues luttes, les Bourses du travail regroupaient les offres d’emploi, et abritaient également écoles, théâtres, musées organisés par le peuple en autogestion. Le dispositif pédagogique se mêlait au projet politique. L’expression y était directe, et le média incarné. Désormais, celles-ci sont  loin de fédérer la majorité des travailleurs et bien en peine d’assurer leur fonction face au climat délétère qui règne dans le monde du travail.

Faire Bourse du travail aujourd’hui nous amène à entériner un désir et une difficulté à faire débat, hors du traitement médiatique, à faire assemblée (l’expérience Nuit Debout en montre a minima le besoin et également certaines limites), à faire école, à faire université, soit à faire culture, avec le plus grand nombre : ce qui passe par l’élargissement de la réflexion sur le sens de notre travail et la réinvention de pratiques communes.

En 1906, la Charte d’Amiens proposait que le syndicat révolutionnaire soit la base de la transformation sociale, résultat d’une époque où la société – et le monde ouvrier largement solidarisé – subissait une misère extrême, et une répression exemplaire. Aujourd’hui, si certains syndicats ou collectifs ont une lecture critique, c’est parce qu’ils s’inscrivent dans une histoire politique qui porte la question de l’émancipation. Pour que le plus grand nombre s’en saisisse à nouveau, il est important de faire poids face aux théories décadentes qui accaparent les consciences et dévoient le sens des institutions. Car l’extrême-droite capitaliste a très bien compris notre faiblesse : ce meurtre qui se rejoue sans cesse est finalement celui du sujet qui oeuvre par le travail.

2 – Quels sont les mythes du capitalisme qui nous agissent malgré nous ?

La dépolitisation des consciences est entretenue par l’illusion de la critique. Avec Sapiens. Une brève histoire de l’humanité ; Homo natura. En harmonie avec le vivant ; Comment tout peut s’effondrer ; Les animaux aussi ont des droits etc., le savoir devient la propriété de lobbies de médiance culturelle qui dispensent et vendent théories/solutions/méthodes en vue d’uniformiser le sens de l’histoire à leur avantage.

Ces sommes idéologiques ont ainsi été relayées dans les institutions par des personnalités politiques acquises à une « spiritualité laïque », et sont devenues en quelques années la référence des classes moyennes séduites. Ces experts, « pseudo-scientifiques », dont les discours regorgent de biais cognitifs, et sont pleinement inscrits dans le registre théologico-politique – creuset totalitaire pour la dépossession du plus grand nombre de la capacité à penser par soi-même.

L'ancien ministre de l'environnement Yves Cochet est fondateur de l'Institut Momentum (Collapsologie) dont font partie Pablo Servigne mais aussi Valérie Cabanes ; l'actuelle ministre de la culture Françoise Nyssen est anthroposophe, tout comme finalement Pierre Rabhi, ou Edgar Morin ; le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer soutient le réseau Ashoka, avec Pierre Rabhi, Céline Alvarez et... Emmanuel Macron, etc.

C’est à mon sens un grand détournement qui cible, depuis le 19e siècle déjà,  la personne et son éducation, en prônant le primat d’un homme naturel conforté par les « neurosciences ». Par ce biais, la moralisation toujours plus forte des comportements emplit tous les domaines de la vie sociale : sois bienveillant, résilient, écolo, médite ! fais le tri, mange bio, souris, aie une parole impeccable. Mais derrière cette « injonction à être », un nouvel évolutionnisme social a déjà permis la remise en cause des droits fondamentaux.

Martine et Jean-Marie sont venus nous parler de l’injonction de subjectivité

Quand la possibilité de faire culture commune est menacée, que nos pratiques ordinaires ne trouvent plus l’espace d’exister, qu’une mise en concurrence généralisée devient le seul rapport au monde possible, que les institutions s’emploient à entériner cet état de fait et à encourager le sinistre social à la faveur d’idéologies culturelles directement importées de régimes violents, il devient plus que jamais nécessaire de reprendre pouvoir sur une histoire qui ne soit pas fantasmée.

L’histoire peut-elle émanciper ?

Face à cela,  l’anti-centralisme culturel offre une mise à distance vis-à-vis de ce prêt-à-penser-et-à-agir distillé dans tous les domaines de la connaissance, et encourage la levée progressive des impensés trop lourdement entérinés par des décennies d’immobilisme politique.  C’est par l’invention de dispositifs communs qui implique le plus grand nombre, qu’il sera possible de lutter en faveur de la réappropriation de l’histoire culturelle à travers la construction d’un rapport émancipé au savoir.

3- L’école est le lieu de la construction d’un rapport au savoir, pas un centre de thérapie comportementale.

Dans sa Note sur J.M Blanquer, La fondation Copernic pointe la dérive néo-libérale, et renseigne précisément le problème au sujet des réformes récentes dans le domaine de l’éducation ( http://www.fondation-copernic.org/wp-content/uploads/2018/03/blanquer.pdf ). Au-delà, il convient de dénoncer l’accaparement du sens du travail que le capitalisme a entériné : il existe une différence entre acquisition savoir (savoir rentable/sélection sociale…) et construction d’un rapport émancipé au savoir.

Aujourd’hui, si beaucoup de parents sont séduits par des « ‘écoles de la vie » qui se disent « démocratiques » (et même « libertaires »!), l’individualisme et l’autoritarisme y sont poussés à l’extrême, jusqu’à entériner « la fin de la pédagogie  » (« Montessoriser »):

– théorie du développement naturel : hyper précoce, haut potentiel (HP), multiples dys- , relayées notamment par Céline Alvarez avec le secours des « neuro-sciences » (B. Cyrulnik).

– et dans le même temps « éloge de l’intransigeance » avec un système de la sanction mécanique : https://ecoledynamiqueparis.wordpress.com/2016/02/19/eloge-de-lintransigeance/

Ces écoles n’hésitent pas à se revendiquer des expériences anarchistes de Francisco Ferrer, de Paolo Freire, ou de l’Ecole du Renouveau, mais sont bien incapables de détailler le projet d’une « Ecole émancipée » (Plan Langevin-Wallon, 1947) telle qu’elle est encore portée aujourd’hui entre autres par le GFEN, par des collectifs tels que Lettres Vives, plus récemment

Tous capables, tous chercheurs, tous créateurs !

Définir le travail comme la possibilité conjointe de « faire oeuvre » et donc de « faire société » nous impose de repenser notre façon d’articuler l’individu et le collectif, dès l’école, de sortir des logiques individualistes et compétitives en valorisant la posture du « maître ignorant » face à celle du « maître à penser ». Grâce à cette posture, la société devient capable de poser le problème commun qui lui permettra de s’inventer pour de bon, pas d’obéir aux prophéties.

C’est la première fois depuis l’antiquité qu’avec un diplôme équivalent au bac il est impossible d’entrer à l’université, que des étudiants se sont désinscrits du bac donnant ainsi raison à l’algorithme et au réformisme, que les moyens alloués aux mouvements pédagogiques sont aussi insignifiants.

Quand la Ministre du Travail déclarait récemment dans La Croix, « l’émancipation par le travail est notre projet de société », en s’accaparant une lutte qu’elle n’a jamais menée, elle produisait un discours vide, cynique et mortel, en visant la fin des minimas sociaux, la future répartition de la main d’oeuvre, et la résignation populaire.

Quand le Ministre de l’éducation rétorquait récemment à la présidente d’un mouvement pédagogique historique ces mots télécommandés : « je ne donne pas à manger à un chien qui me mord », il offrait enfin derrière son masque résilient la vérité d’un discours créé pour susciter la peur la plus animale, et justifier la destruction du Contrat social.

Conclusion.

Ici, à Bayonne où je vis, nous manquons de lieux de culture, et nous aurions besoin de recréer pour le plus grand nombre un outil où transformer nos pratiques et lutter contre le sinistre social qui profite à celles et ceux qui prêtent allégeance pour obtenir des places, en vertu d’un « ordre naturel » – un système d’entre-soi ségrégatif. Aski !

C’est à l’aune de pratiques réelles, et non de dogmes mercantiles et comportementalistes, que nous réussirons à dénoncer l’usurpation. Comment se positionner quand on sait le sort qui a été réservé aux révoltes populaires, aux anarcho-syndicalistes en tête et à la paix ? Comment partage-t-on le travail pour de bon sans céder aux fictions capitalistes ?

Bonus : https://www.humanite.fr/node/181155

Eloïse

Mai 2018

 

 

Le(s) lieu(x) de la culture, une articulation de soi à l’autre.

Pour mémoire

On a pu constater avec les derniers attentats que ce sont des lieux de la vie parisienne qui ont été ciblés (Rue de Charonne, Rue Bichât, Saint Denis…) : des cafés, des restaurants, une salle de spectacle, les abords du Stade de France. Ce sont des lieux de culture car s’y ancrent les pratiques culturelles de certains milieux sociaux (artistes, professeurs, étudiants…). Ce sont aussi des lieux populaires habités par une population faite de métissages divers, et  pour qui la vie commune est de plus en plus difficile. Autour du Stade de France, c’est Saint-Denis, et ses quartiers un peu désolés ; à l’intérieur, le match n’a pas été interrompu.

Il est donc important de faire la distinction entre les centres de la vie culturelle de moins en moins nombreux, diversifiés, en accord avec notre histoire culturelle plurielle, et cette culture centraliste, que nous voulons déplacer à partir de chez nous en recréant de multiples capitales. Plus il y aura de lieux de culture, plus il y aura de vie.

Voilà aussi l’importance de notre chantier entamé à Bayonne qui affiche l’ambition de penser autrement la culture qui nous environne, et propose de se réapproprier les lieux de culture – et le lieu de la culture –  peu importe les formes que cela prend, pourvu que nous gardions en mémoire la qualité de nos échanges et de nos projets.

On ne peut pas résoudre notre problème culturel par l’affirmation toujours plus agressive de l’identité (nationale), mais on peut s’efforcer de lever certaines de nos résistances, et trouver le moyen d’actionner certains leviers pris dans la pierre, afin de reconsidérer la question de notre humanité dévastée.

En France, le débat de la pluralité culturelle a été confisqué par l’État depuis des décennies, et les communautés (paysannes, ethniques…) n’ont toujours pas eu leur mot à dire, sauf à resserrer toujours plus leur communautarisme.

Songeons au rôle de l’École dans la disparition d’une pensée commune (et non unique!) sur la fraternité, l’égalité, la liberté ; songeons au rôle de l’État dans le dévoiement de la notion de laïcité ; songeons aujourd’hui au peu d’espace de réflexion laissé à l’individu pour prendre de la distance vis-à-vis de cette société qui médiatise une culture toujours plus « hors-sol ».

Une culture trop fortement investie en termes de marché, ou à l’inverse d’identité(s), occulte son lieu. Lieu de création d’un langage commun (et non d’une langue), lieu d’élaboration d’un regard critique qui nous permet de transformer notre rapport au monde, la culture mérite que chacun se l’approprie et qu’on la dépossède des enjeux d’images, de stratégies politiques, pour lui redonner sa fonction sociale. L’art a son rôle à jouer, et les artistes aussi dans ce travail, en abolissant peu à peu la frontière qui existe entre le peuple et son divertissement.

Ainsi, laisser des territoires, des communes, des quartiers, sans la possibilité de faire lieu de culture, c’est nous condamner à la misère, au repli, à la peur de l’autre, à la montée des extrêmes. A Bayonne, dans le quartier Saint Esprit, le déménagement prochain de l’Atalante, un cinéma emblématique qui offre un des rares espaces de rencontre et de mixité, présente le risque du sinistre social, déjà bien entamé à cet endroit qui perd tour à tour les lieux marquants de son histoire culturelle.

L' »en quête de culture » menée par le groupe à l’occasion de la première édition du festival bayonnais « Kulture Sport » le plus doté du moment, a montré la contradiction très forte entre les lieux culturels identifiés par les habitants (y compris les stades, les cafés, la montagne, la place Patxa, le fleuve Adour, l’Atalante, le Musée basque, les librairies …) et marqués par une diversité de pratiques, et les pratiques officiellement reconnues et valorisées par les institutions.

Dans ce jeu, le monde de l’art fortement retranché sur ses propres lieux, et ses propres scènes, peine à rétablir sa fonction traditionnelle, et celle de ses artistes, de plus en plus « impalpables », « inaccessibles » ou fantasmés.  Ce qui nous incite à repenser toute notre posture, à prendre acte de la réinvention de notre folklore, tout en nous défaisant du complexe du plouc folklorisé, en proposant des projets artistiques d’envergure, à partir de nos pratiques, et en contribuant à faire reconnaître le lieu de la culture qui les voit émerger, comme un lieu capital.

(Dans la bibliothèque, Felix Castan, Alan Lomax, Howard Becker… des paroles d’habitants et de commerçants, de famille, de collègues, de copains et copines, et en particulier celles et ceux du groupe Culture à main nue, du Secteur Poésie Écriture du Groupe Français d’Éducation Nouvelle).

Eloïse Durand

Extrait du Compte-rendu du 3 novembre 2015

Culture à main nue

Extrait de la Réunion du 3 novembre 2015, Kalostrape

Dans le mail intitulé « Culture à main nue : que fait-on maintenant ? » qui rendait compte de la précédente réunion du 7 octobre, il a été proposé à ceux qui en avaient envie de soumettre leur projet au groupe afin d’initier une réflexion commune enrichie de nos compétences respectives et de nos diversités.

Cela a notamment inspiré une proposition d’ateliers de réflexion sur le ou les marchés de l’art contemporain, portée par Arcad (Hélène Fédida, et Virginie Baro).

Cette proposition concerne les arts plastiques. Il s’agit d’organiser collectivement en 2016 une table ronde sur le thème du ou des marchés de l’art. Les intervenants (à définir) seront d’envergure nationale. En amont, une confrontation  des pratiques et convictions des acteurs locaux (qu’ils soient associatifs, privés, institutionnels…) permettrait  de définir la thématique afin de préparer la mise en place de cette table ronde. L’objectif étant de faire émerger une problématique pertinent.

Concrètement, les personnes du groupe intéressées par ce projet pourraient se retrouver une à trois fois pour une rencontre-débat. Il sera important de définir le mode d’enregistrement de nos réflexions communes. Il est possible de se réunir dans la journée ou en soirée, au Kalostrape, au Café des sports et des arts, ou dans les locaux d’Arcad, tout est à définir. Dans un premier temps, et assez rapidement, faites vous connaître auprès d’Hélène.

Lors de cette réunion, nous avons aussi parlé de fonctionnement, d’improvisation, des artistes….

Merci à tous pour votre lecture attentive,

A bientôt,

Culture à main nue